Du statut inférieur de la femme en Islam

 

Voile, foulard dit islamique, burqa, burkini, ne représentent aucun danger lorsqu’ils sont portés par conviction religieuse, sauf qu’aujourd’hui,  leur port n’est pas anodin. Voile, foulard dit islamique, burqa, burkini, signent une appartenance religieuse certes, mais également la soumission de la femme à l’homme, qui lui, ne se voile pas. La crainte  qu’ils suscitent  vient de l’idéologie et du symbolisme profond que signifie l’acte de se cacher ou de dissimuler ses cheveux, ses formes et son corps. Cet acte stigmatise la femme et fait entrevoir le spectre d’un Islam rigoriste. Il semble enfermer les femmes dans un carcan religieux rétrograde. Se couvrir représente une identité : non pas celle de la musulmane émancipée mais plutôt celle de la femme asservie aux lois patriarcales. Ces femmes gardiennes d’une tradition millénaire perpétuent au fil du temps le même schémas de femmes  sous  le joug de l’autorité masculine.

Pour beaucoup, la femme devient peu à peu une négation. Partant de là, la femme voilée anticipe la négation de ses droits. Afin de ne pas se voiler la face, voile, foulard dit islamique, burqa,  burkini, ne sont que la face cachée de l’iceberg.

Pour comprendre le voilement des femmes en général, il faut aller à la source. Dans l’iceberg lui-même. L’intouchable iceberg. L’immuable iceberg. Un iceberg figé depuis 1437 ans. Solide, rigide, magistral, il survit par delà les âges.  Pourquoi justifier le port du foulard uniquement par rapport à la  soi-disant liberté vestimentaire, quand la liberté de la femme en islam est bafouée dans son statut religieux ? Au lieu de revendiquer un statut et des droits équitables, elle revendique haut et fort la “liberté” et le “droit” de se cacher, de se voiler!

Si nous aspirons à l’égalité entre hommes et femmes, nous devons prendre du recul par rapport à certaines lois juridiques désuètes et à certaines règles injustes ou injustifiées. Il est vrai que de nombreuses règles islamiques étaient avant-gardistes il y a 14 siècles, puisqu’elles étaient conformes aux données culturelles, sociales et économiques prévalant à l’époque, mais la société a beaucoup évolué et les temps ont changé. Lorsque l’on parcoure les règles sociales islamiques relatives aux femmes, il est triste de constater que le principe d’égalité entre les deux sexes n’a jamais existé. Jusqu’à quand appliquer la politique de l’autruche, quand la jurisprudence  (l’Ijtihad) peut y remédier?

 Il y a trop de liens abusifs entre ces prescriptions religieuses d’une autre époque et la condition féminine. Tout semble obliger la femme musulmane à se plier aux desiderata de  l’homme pour parfaire sa religion. Une soumission bénie par le Ciel. Ainsi pour « plaire à Dieu » il faut se soumettre à l’homme. Après 14 siècles nous en sommes encore aux balbutiements de nos droits et voilà qu’un voile, foulard dit islamique, burqa, burkini, remettent tout en question, tout en suspens ! C’est à cause de toutes ces lois sexistes et dépassées que la femme subit au quotidien que l’on se bat. Pour prendre quelques exemples :

_ L’homme détient une « prééminence » (daraja) sociale, familiale et juridique sur la femme. Ce n’est pas un « degré » de plus mais le thermomètre tout entier ! L’homme à tous les privilèges et comme si cela n’était pas suffisant, ils sont sacralisés. L’autorité (qawâma) des hommes sur les femmes est énorme. Il y a inégalité en matière de témoignage. La parole d’un homme vaut  celle de deux femmes. Inégalité en matière d’héritage. Inégalité dans le testament (wilâya). Inégalité en matière de religion: la femme qui a ses menstrues est considérée comme impure, elle ne peut pas pratiquer sa religion. Elle ne peut pas jeûner, toucher un Coran, pénétrer dans une mosquée,  tourner autour de la ka’aba,  prier ou être touchée par son mari.

Inégalité dans le divorce: le divorce prononcé par l’homme est effectif sur le champ, qu’il soit explicite ou implicite. Inégalité en matière de sexualité. L’époux a autorité sur sa femme. Il peut battre son épouse, il la possibilité d’être polygame et d’avoir des concubines. Les devoirs de l’épouse envers son époux sont immenses, tandis que ses droits sont minimes comparés à ceux de l’époux qui a jouissance absolue sur ses co-épouses. Pire, une femme qui désobéit à son époux fait du tort à sa religion. Elle peut être maudite. Mariage coutumier accepté, c’est à dire à la demande (zaouaj 3’orfi). Inégalité quant aux mille vierges (houris) qui attendent les hommes au Paradis!!La femme a son…mari s’il veut bien d’elle.

Inégalité dans le code de tenue corporelle et vestimentaire. La femme doit cacher ses « autours » (awra) elle peut juste montrer son visage et ses mains, car elle est source de tentation (fitna). L’homme peut montrer son buste, ses jambes, ses cheveux. Inégalités dans ses responsabilités: la femme a besoin d’un tuteur; tutelle sur ses biens et sur sa personne. Inégalité dans l’espace publique.

Sans compter les innombrables hadiths (vrais et faux) misogynes qui exploitent et asservissent la femme musulmane, par des textes sexistes et dépassées que l’on subit au quotidien. Ils prônent sa bêtise, sa perfidie, son manque de raison et d’intelligence. Tout est bon pour la réprimer et la reléguer à un rôle subalterne.

Voile, foulard dit islamique, burqa, burkini,… rappellent et interpellent. Ils remettent à l’ordre du jour tous ces sujets qui blessent, humilient ou révoltent. Dans notre imaginaire ils incarnent l’obscurantisme pur et dur qui menace de se réinstaller. Aujourd’hui, nos droits et  libertés individuelles semblent à nouveau compromises.  Et quels droits ! La tradition est tenace ! Ces problématiques sont bien plus importantes que le fait  de porter ou non un cache-corps. Voile, foulard dit islamique, burqa, burkini… sont un faux problème. Ils  cachent  le vrai débat, celui sujet du statut inférieur de la femme en islam. Le voilement des femmes  dévoile la face voilée de l’intégrisme qui s’infiltre sournoisement.

Faut-il re-passer par l’asservissement de la femme? Faut-il renier tous ces siècles de combat pour nos droits et régresser au soi-disant âge d’or de l’Islam ? Pourtant il suffit de parcourir les livres d’histoire pour se rendre compte que la femme musulmane n’a jamais été autant libre qu’aujourd’hui.  Ne joue-t-on pas avec le feu?

Voile, foulard dit islamique, burqa, burkini, sont l’étincelle qui allume la forêt. Inoffensifs mais porteurs d’un lourd passé et annonciateurs d’un avenir obscur.   La femme, éternelle victime est un hameçon piqué dans un leurre, le voile. Elle se fait prendre à son propre piège.

Quand cesserons-nous de faire « course-arrière » ? Quand réaliserons-nous qu’il faut dépasser l’apparence pour s’attacher au fond? Toute religion ne doit-elle pas rester une histoire de foi entre Dieu et soi ?

 

 

 

 

 

 

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