Je veux cogner !

Ce matin-là en allant faire mes courses, je me suis mise en mode « alerte rouge ». J’avais une seule phrase en tête : Si on me provoque, je cogne ! J’avais aussi les dérivés de cette phrase, du genre : de quoi tu te mêles ? ÇA VA PAS, NON ? Je suis libre, je veux vivre ! Moi, citoyenne comme toi, compris ?
Je me voyais déjà comme le chat du dessin animé qui hurle son mécontentement et son ras-le-bol là-haut sur la colline, puis, qui redevient calme et courtois.
Je suis à fleur de peau. Je me sens menacée dans mon espace privé. Je suis prête à éclater. Pas en sanglots ni en injures. Je veux ouvrir mon cœur et clamer haut et fort toutes les contradictions de notre société. A commencer par dénoncer l’hypocrisie ambiante. J’en ai des exemples !
D’abord, la hchouma de notre enfance, avec tous ces « fais pas ci, fais pas ça » on se retrouve, adultes, avec une double personnalité. Un double langage. Un double visage.
On est pour l’émancipation de la femme et on les met sur un piédestal…tant qu’elles ne marchent pas sur les pieds des hommes. On apprécie la complicité et la féminité des femmes, mais à certaines occasions et sous certaines réserves. Sinon, gare à elles ! Les hommes surveillent et veillent au grain, un bâton à la main.
Les relations amoureuses sont tolérées sous cape, attaquées en public. On connaît tous des homos qui sont nos amis, on les approuve, on les accepte, mais on les lynche si on les surprend au grand jour.
On reconnaît le fléau de l’avortement mais on continue de l’interdire. On sait qu’il y a une moyenne de 30 bébés abandonnés par jour. Un chiffre accablant mais on ne fait rien pour que cela cesse.
En passant par notre racisme camouflé. On jure que nous aimons nos frères Africains mais on les sape en catimini… souvent, on devient violents à leurs égards.
On sait tout de la prostitution et du tourisme sexuel, son langage, ses habitués ses adresses, mais il suffit qu’un cinéaste s’en empare et c’est fichu. On monte au créneau pour brûler les sorcières !
On sait que la corruption bat son plein. On s’en offusque, mais on en profite en silence. Motus et bouche cousue.
On sait que la consommation de boissons alcoolisées est interdite pour nous, mais on contourne la loi et les autorités ferment les yeux au lieu de changer la loi. Ce qui serait plus clair.
Même notre religion intime et personnelle est analysée et observée à la loupe. Au lieu de rendre compte à Dieu, on rend compte aux autorités ou au voisin. A quand l’état laïque ?
À tous les échelons, on navigue entre deux eaux.
En fait, je condamne cette schizophrénie qui s’est emparée de nous. Nous en parlons avec le sourire, fiers d’être un peuple de Schizo. Personne n’est dupe.
Tu fais tout bas ce que tu veux, on te laisse faire.
Tu dis tout haut ce que tu penses, on te fait taire.
On a tous les droits tant qu’il y a un voile de discrétion entre nous. Pour vivre heureux, vivons cachés, voilà notre adage.
On se croit libre mais notre liberté est élastique. Une liberté sous réserve. Elle peut rétrécir jusqu’à devenir une peau de chagrin. L’intolérance rôde à l’ombre de la liberté. Aussitôt que notre indépendance est affichée, le fanatisme la chasse d’un coup de fouet pour prendre le dessus. Et hop ! Nous devenons les censeurs de la sacro-sainte morale. Nous nous autoproclamons justiciers de la ville en péril.
On n’est plus Schizo, on devient Parano.
Voilà une lecture parmi tant d’autres de nos codes-barres. Ceux qui barrent la route à la vraie liberté.

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