Lent saignement au Maroc

En dressant l’état des lieux de l’enseignement au Maroc,  on peut clairement affirmer que le diagnostic est alarmant. L’enseignement au Maroc est un mal qui n’a pas trouvé à ce jour de médecin compétent pour le soigner. Il semblerait presque qu’il soit une maladie honteuse, dangereuse ou contagieuse que les politiques répugnent à traiter…. sinon du bout des doigts ! Tous baissent les bras au lieu de prendre ce mal à bras le corps pour le neutraliser. Pourtant, force est de constater que le plus gros budget alloué par l’État revient au ministère de l’ÉDUCATION NATIONALE! On peut le dire, ce ne sont pas les moyens financiers qui manquent!

À quoi est due cette démission généralisée ? À quoi est due cette crise chronique? Le professorat est de plus en plus déconsidéré. Ce noble métier de jadis n’est plus qu’un pis-aller. Il n’intéresse personne, pas même ceux du métier. Le salaire de l’enseignant est en souffrance. Il permet à peine à l’enseignant d’acquérir le minimum, à savoir, une couverture sociale, un salaire de base et du temps libre pour … joindre les deux bouts. Ainsi, au lieu de s’adonner à la recherche littéraire ou scientifique, l’enseignant s’arrange pour cumuler deux fonctions (représentant de société, pigiste, traducteur, professeur à temps partiel au …Canada (!)  par exemple ou  pour délivrer des cours particuliers … )

Et le vénérable fqih (maître) de nos parents, n’est plus qu’un misérable faqir (pauvre) méprisé par les élèves, discrédité par les responsables. Pourtant, il n’y a pas si longtemps,  les élèves respectaient leur enseignant et  suivaient un cursus culturel riche et varié, même dans les écoles publiques.

De nos jours, les élèves se plaignent du programme scolaire et les motifs pleuvent comme des colles ! L’arabisation est indigente, les langues étrangères sont mal enseignées, les programmes techniques et scientifiques ne sont que pure théorie par manque de matériel d’expérimentation. L’instruction civique y est médiocre, voire inexistante et la culture générale reste superficielle. Le pire c’est que ces élèves qui comprennent mal le français se retrouvent à l’Université, obligés de poursuivre leurs études en …français! Quelle aberration! En fait, le niveau culturel de l’enseignement est en chute libre. Et s’il est juste que les moyens sont inadéquats, les buts quant à eux, sont incertains. Vers où allons-nous ? Personne ne sait !

L’on rabat tellement les oreilles des élèves avec les mêmes rengaines depuis des décennies ! Les méthodes pédagogiques sont en souffrance, les fascicules scolaires sont pour la plupart désuets et les méthodes d’enseignement archaïques. Les enseignement se tournent de plus en plus vers la facilité, l’hypocrisie et la démission pour ne pas lutter et défendre l’enseignement. Ils craignent de devoir punir les élèves. L’autorité et la  discipline ne font plus loi, c’est le laisser-aller général qui prime. L’absentéisme des professeurs est monnaie courante et les inspecteurs ferment les yeux et sanctionnent rarement  les mauvais professeurs au lieu de sévir pour montrer l’exemple.  En fait, nous sommes tous responsables. Même la famille, autrefois gardienne de l’éducation, ferme les yeux et laisse l’enfant livré à lui-même.

Pire encore, le cours  de l’enseignant ne séduit plus l’étudiant. Il ne le fait même plus rêver à un avenir meilleur dès lors que l’enseignant a lui-même perdu ses illusions et ses repères et  la déperdition scolaire est ahurissante. Mais ce n’est pas tout : De nombreux enseignants sont recrutés coûte que coûte à la va-vite, malgré leurs lacunes et leurs incompétence. Par ailleurs,  le vandalisme dans les établissements scolaires prend peu à peu le dessus et la violence entre enseignants et élèves est monnaie courante. Le dialogue a par conséquent laissé la place au monologue. Et l’école n’est plus qu’un long sentier tortueux qui mène anormalement … à l’abandon scolaire et au chômage !

C’est ainsi que les élèves souvent désemparés, ne croient guère au bien-fondé des études. Ils n’ont plus de perspectives d’avenir ou si peu ! D’autres élèves se tournent vers la radicalisation croyant à tort qu’elle est une issue probable, plus rentable.

Outre cela, l’école publique est un désastre et les bonnes écoles se font rares. Rares et chères. Quant aux locaux, ils sont sans âme aucune, de plus en plus étriqués, sans cours de récréation, ni salles de sport dignes de ce nom. Ces établissements sont  de plus en plus éloignés des lieux de résidences.   La spéculation sur les terrains et la flambée des prix  y sont pour beaucoup or aucune mesure gouvernementale ne protège les établissements scolaires de la surenchère.

En vérité, c’est l’enseignement dans son entier qui est mis en cause. Saigné à blanc, il manque de ressources. II se meurt. Certes, les responsables se font un sang d’encre pour colmater les brèches. Certes, ils préconisent, ça et là, des réformes pour sauver le système d’enseignement. Certes, ils procèdent à des greffes réparatrices sur ses plaies béantes, mais le remède est souvent pire que le mal, car il ne s’attaque jamais aux énormes problèmes de fond.

Ce à quoi aspire le corps enseignant,  est que les responsables (Le Conseil Supérieur de l’Éducation, de la Formation et de la Recherche Scientifique) redressent le niveau éducatif et formateur du système d’enseignement grâce à un programme adéquat sur le long terme…. mais au vu du long titre de ce “Conseil” , il a trop de chats à fouetter pour s’attaquer de front au seul problème de l’Éducation!

Il faudrait plutôt  qu’une Audit  doublée d’une petite équipe de chercheurs spécialisés et de professeurs compétents, dynamiques, honnêtes et soucieux du bien-être des générations futures se mobilise afin  d’assainir et guérir l’enseignement au Maroc. Qu’elle le restructure en lui injectant une bonne dose de sang nouveau.

Telle est la démarche essentielle et souhaitons lui un prompt rétablissement !

Salwa Tazi About Salwa Tazi

Comments

  1. Cela veut dire , tout simplement , que les responsables préparent le chaos à court terme et la confusion absolue , à moyen et long termes . Sachant que l’école prépare l’avenir vivant du pays . Si on fait une extrapolation , l’avenir est noir et inquiétant .

    • Hélas! Je crois qu’ils ne s’en rendent pas compte…Terrible!

    • À quoi servent les impôts que nous payons , si nous devons payer encore les soins médicaux , la scolarité de nos enfants , la sécurité des immeubles où nous habitons , les autoroutes que nous utilisons etc etc . Je ne comprends plus rien …

Leave a Reply to el yacoubi Cancel reply

*