Les papillons

Aux premiers jours du monde,

les papillons étaient des fleurs et non des insectes.

L’amour leur enseigna la douleur

et leur donna des ailes.

Légende marocaine.

Au jardin béni du Djenna, les roses étaient amoureuses de Hawae, l’épouse de Adam.

– C’est disaient-elles, la plus belle, la plus parfaite des créatures. Que ne nous est-il donné d’avoir des ailes comme l’abeille pour la suivre et frôler la douceur de ses joues, l’or tiède de sa chevelure.

Hawae, flattée, leur souriait en passant, mais ne discutait pas avec elles, elle préférait les discours perfides et vains de Haya, le serpent.

– Es-tu d’une essence inférieure à celle des anges? Lui demandait-il, pour  te montrer satisfaite de la seule beauté d’un jardin? La vie est autrement profonde que le bruissement des sources et l’ombre des palmiers!

Hawae soupirait, elle aurait tellement voulu connaître la vie et le monde. Elle désobéi donc à dieu et elle fût condamnée à quitter les joies du paradis de la Djenna, pour devoir errer dans le monde terrestre.

Les roses l’apprirent, leur cœur en fût attristé.

– Laissez-nous la suivre sur terre, dirent-elles aux anges. laissez-nous partager son exil!

Les anges leur répondirent:

– Vous n’avez commis aucune faute, pourquoi quitteriez-vous ce jardin béni?

– Sans Hawae, répondirent-elles, ce jardin lui-même devient un exil!

– Vous connaîtrez  sur terre, dirent les anges, l’ardeur cruelle des midis sans ombres, et les froides morsures de l’hiver.

– Nous souffrirons de tout, plutôt que de la perdre! Dirent les roses obstinées.

– Suivez-la  donc puisque tel est votre désir, dirent les anges.
Lorsque Hawae triste et humiliée franchit les portes du paradis, les roses eurent un désir  si ardent de la suivre qu’elles se fanèrent et leurs pétales jonchèrent un instant la terre, puis, leurs pétales s’unirent deux à deux et  elles s’envolèrent loin très loin du paradis béni. Elles entourèrent la tête de Hawae d’un vol blanc et gracieux et elles frôlèrent ses joues de leurs ailes.

– Nous venons avec toi! Nous t’accompagnons! Lui dirent-elles

Hawae, ne les remercia pas, elle ne les vit même pas, elle pensait au serpent et elle se réjouissait en songent qu’elle allait enfin connaître la profondeur du monde et celle de la vie.

– Que sommes-nous pour elles? Dirent les papillons affligés. Hawae nous ignore et nous demeurons sans amour, exilés du paradis, sans espoir de retour, solitaires dans un univers inconnu et terrible où le froid blesse et le soleil brûle, où chaque nouvelle excience est une nouvelle douleur!

Pris de mélancolie profonde, les papillons volèrent de fleur en fleur, “cherchant un nouvel amour” disent les hommes, “demandant le chemin de la Djenna fleuri de leur enfance heureuse” assurent les anges.

Mais Dieu, est le plus instruit de la vérité.

Elisa Chimenti. Légendes marocaines. éd. du Sirocco

 

Salwa Tazi About Salwa Tazi

Comments

  1. Je ne connaissais pas cette légende… C’est magnifique ! Merci chère Salwa de nous la partager.

    • Merci! Je suis une raconteuse de belles histoires! Il y a aussi la légende de Mimouna et pleins d’autres dans mon livre: “Journal d’une mère en deuil.

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