Lettre ouverte à Asma Lamrabet[1]

 

Suite à la lecture de vos ouvrages. Suite à l’impact énorme que vous avez sur vos lecteurs dans tous les pays du monde. Suite à l’invitation que vous proposez aux femmes musulmanes de  “reconnaître leur droit d’être elles-mêmes agentes de l’interprétation des textes” et d’ajouter: “Cette lecture de libération jette un pont entre nous toutes. » Suite à votre esprit critique et à ce que l’on appelle votre «Ijtihad» l’effort d’interprétation avec l’étude du Coran et des textes religieux. Suite à votre texte:  “le voile de toutes les discordes”. Suite à votre engagement, où vous conseillez fortement aux femmes de venir à bout des lectures patriarcales et textes injustifiés ou contextuels qui selon vous enchaînement les musulmanes à des boulets de canons et entravent leur marche  vers l’égalité. Une égalité entre hommes et femmes qui vous est chère.

Je salue votre travail et avec le plus grand respect, je me permets de vous poser une question toute simple qui me tracasse cependant:

Pourquoi portez-vous le voile Asma Lamrabet ?

Le port du voile, vous le soulignez, était à l’origine ce qui distinguait la femme libre des femmes de condition inférieure. Vous dites : « Le “hijab” n’est ni une priorité ni un pilier de l’islam ». Ainsi, l’usage du voile n’est pas une sommation religieuse. Il n’a jamais au grand jamais été ordonné, sinon, il n’y aurait pas toute cette controverse. Il est évoqué dans quelques versets comme simple prescription. Et vous le confirmez.

Selon les différentes interprétations, dont la vôtre, le hijab (voile)  est une recommandation conjoncturelle et sociale, d’une époque donnée (il y a plus de 14 siècles). Dans vos livres, vous présentez ces faits comme tels, en les resituant dans leur contexte et en les relisant à partir de l’ensemble du Coran. Je vous cite : « Je le dis haut et fort, il n’existe aucune obligation dans le Coran sur la question du voile. Le terme de “hijab” ne signifie d’ailleurs pas “voile”, mais “séparation”. Vous expliquez comment est venu  la mise en pratique du port du voile à l’époque du prophète,  qui était celle de respecter son intimité et celles de ses épouses. Ni plus ni moins. Vous défaites ainsi toutes les interprétations littéralistes, qui sont un  contresens linguistique par rapport au vocabulaire coranique.

Dans vos écrits, le voile « oblige à une relecture des concepts ». Ou encore : «ce qui prête à confusion, c’est que le voile a pris de l’ampleur et constitue à lui seul l’essentiel de l’identité de la femme en Islam. » Le voile ne correspond pas à une tenue islamique mais à un symbole de séparation entre la sphère privée et la sphère publique. Quant au niqab, dites-vous, « il n’a aucune origine coranique. » Vous ajoutez, je vous cite : “Le prophète n’a jamais exigé des femmes qu’il recevait qu’elles se voilent le visage.” C’est longtemps après la mort du prophète que certains jurisconsultes et théologiens  (mais il n’y a pas d’intermédiaires entre Allah et les croyants en islam) ont fait du port du voile une obligation pour les musulmanes.

Enfin, ce qui à vos yeux est le plus important sont la discrétion et la pudeur de la femme, non sa tenue vestimentaire. L’habit ne fait pas la croyante, écrivez-vous-vous en citant ce verset coranique: « Et qu’elles ne frappent pas avec leurs pieds de façon que l’on sache ce qu’elles cachent de leurs parures. Et « repentez- vous tous devant Dieu, Ô croyants, afin que vous récoltiez le succès. » (sourate 24, 31)

Vous affirmez aussi qu’il faut retenir ce verset central : « … mais le meilleur vêtement est certes celui de la Taqwa  (libass a-Taquwa), C’est là un des Signes de Dieu » (sourate 7,26) C’est cette éthique de l’intériorité, de la rigueur morale et de la décence qui est préférable aux yeux du Créateur…

 En conclusion, vous précisez que porter le foulard  n’est pas une finalité spirituelle en soi.

Alors ? Je reviens à ma question, sachant que le foulard ne fait pas la musulmane,

Pourquoi portez-vous le  voile Asma Lamrabet?

Pourquoi porter le foulard par ces temps troubles et voilés où l’on ne distingue plus le vrai du faux ? Pourquoi conserver _de conservatisme_ une attitude quelque peu équivoque… même de part la manière dont vous portez le hijab  (ni trop serré, ni pas assez) ? Seriez-vous juge et partie… ou peut-être prise dans l’étau de la pression sociale ? Faut-il s’attacher à la portée symbolique du voile plutôt qu’à la liberté de conscience? Quel message clair véhiculez-vous ? Est-ce celui de la politique du ni oui, ni non ? Ne jugez-vous pas que votre rôle en tant qu’intellectuelle musulmane et exemple pour des millions de femmes est primordial dans une société en pleine crise identitaire, confuse et désorientée ?

Pourquoi portez-vous le voile Asma Lamrabet ?

[1] AsmaLamrabet, médecin biologiste. Engagée dans la réflexion sur la problématique des femmes dans l’islam. Présidente du GIERFI : Groupe international d’études et de réflexion sur femmes et Islam – http://www.gierfi.com) elle donne de nombreuses conférences sur ce sujet à travers le monde. Auteure de plusieurs articles sur le thème de l’islam et des femmes, ainsi que de plusieurs livres :”Musulmane tout simplement“, publié aux éditions Tawhid France. “Aïcha, épouse du prophète ou l’islam au féminin” Tawhid France ,.” Le Coran et les femmes : une lecture de libération” Tawhid France.”Femmes-Islam-Occident: chemins vers l’universel”: Éditions La Croisée des chemins, Maroc.  “Femmes et hommes dans le Coran: quelle égalité?

 

Salwa Tazi About Salwa Tazi

Comments

  1. fadela kanouuni says:

    je l ai revontre a l une de ses conferences et j ai lu ses livres et je lui ai pose la meme question ̂la réponse ne m a pas satisfaite.je le porte par pudeur.c est effectivement assez équivoque!

    • Bonjour Fadela! Je respecte Asma lamrabet, elle tient un discours ouvert, mais son voile (ni fermé, ni ouvert) me tracassait vraiment. Alors j’ai osé poser la question. Cependant, je découvre à travers les réponses de facebook que certains la défendent et essayent de la “protéger”, or ce n’est qu’une question! Je respecte son droit de réponse (ou pas) Asma Lamrabet est un personnage public, on est en droit de lui poser des questions. Merci pour votre post.

  2. Ghita B. says:

    A mon sens, soit A. LAMRABET a choisi de suivre la prescription citée dans quelques versets du Coran soit il persiste un doute dans son esprit.

    • Merci pour votre post. Je crois que nous pensons tous à la meilleure réponse de la part de cette auteure… J’ai bien peur que nous soyons tous déçus…

  3. La question est tout à fait légitime et la position d’Asma Lamrabet concernant le “voile”est claire: pas de prescription, pas d’obligation.
    Toutefois quand on essaie de se mettre à sa place, on peut peut être comprendre qu’en tant que personnalité publique connue pour ses écrits éclairés mais aussi pour une tenue vestimentaire qui marque sa signature, il n’est pas judicieux d’opérer un changement à la limite inutile qui pourrait compromettre sa mission bien plus primordiale.

    • Je suis d’accord avec vous, mais comme vous dites, la question est légitime. Cela dit, jusqu’à quand s’habiller en fonction de la fonction religieuse? Si le voile n’est pas ‘obligatoire” en islam, pourquoi le serait-il pour ne pas compromettre une mission d’émancipation et d’égalité? Si elle n’arrive pas à s’affranchir du voile pour mener à bien sa mission, comment réussirait-elle ) aborder le sujet d l’égalité hommes/femmes en héritage? Devrait-elle se présenter en burkini ou en tchador? Dur! Dur!

      • N. Ettayebi says:

        Merci Salwa Tazi pour cette question qui incite a une necessaire reflexion sur ce sujet car il est certain qu’il implique bien plus qu’un simple choix vestimentaire. Porter le foulard par respect pour une institution religieuse aussi conservatrice qu’elle soit n’est ni plus ni moins que l’expression d’un malaise et d’une forte contradiction dans le discours tenu par Asma Lemrabet. En tant que personne publique qui apporte un certain eclairage sur les textes religieux il est important que cette dame joigne l’acte a la parole et qu’elle revendique le respect la tete haute, aussi bien par ses positions intellectuelles que par son comportement vestimentaire ou autre. II est dramatique que le port d’un bout de tissu s’impose aujourd’hui comme le garant de valeurs aussi fondementales que le respect qui nous est du et il est absolument risible qu’il represente dans l’esprit de beaucoup une soit-disant expression de la modestie de la femme qui le porte.

      • Si c’est pour la bonne cause pourquoi pas ? ☺
        L’habit ne fait pas le moine comme dit l’adage.
        Les changements de fond ne se font pas du jour au lendemain et les exemples dans l’histoire de l’humanité ne manquent pas.
        Les femmes étaient enterrées vivantes, étaient héritées à défaut d’hériter, et plus prêt de nous elles n’avaient pas le droit de voter même dans les pays dits democratiques ….
        C’est au prix de luttes pendant des siècles pour à arracher notre dû et la lutte continue à laquelle contribue avec érudition et courage une des rares sinon la seule femme musulmane marocaine à travers une institution patriarcale seule crédible dans notre pays concernant les affaires religieuses.

        • Vous avez raison…sauf qu’il faut joindre le geste à la parole pour être encore plus crédible. Si elle porte le voile (par exemple) par “respect” pour les oulamas, comment fera-t-elle pour aborder la question de l’égalité femmes/hommes? de l’héritage? puisque déjà au départ elle se place en position “inférieure” (voilée, derrière un hijab) c’est trop complexe. Fatima Mernissi était plus ouverte. Plus courageuse quant à ses opinions. Àmon humble avis…

          • Il n’y ‘ a pas lieu d’opposer deux façons différentes mais complémentaires d’aborder la défense des droits de la femme à mon sens.
            Par ailleurs, Asma Lamrabet a déjà abordé le problème de l’égalité dans l’héritage en mettant en exergue les versets coraniques qui le stipule.
            Respect à son courage et son engagement ?

  4. Moel thinks says:

    Le foulard n’a aucune relation avec la religion…Le “Hijab” n’a aucune relation avec la religion…le mot “Hijab” a bien sa définition en arabe…il faut connaitre l’arabe pour bien comprendre la religion.
    Porter un foulard …est un choix d’habillement tout simplement…lié à des habitudes familiales et sociales depuis longtemps chez certains peuples non arabes.
    Merci pour l’article.

  5. Annoussa says:

    Avec tous mes respects mais la question est à reformuler. Il faut dire pourquoi portez vous le khimar ? Et non pas le hijab. .. car Allah à employé un mot extrêmement précis. LE KHIMAR ..tissu qui couvre la TÊTE (khimar vient du mot Khamr c’est à dire tout boisson alcoolisée qui couvre l’esprit ! !)
    Le mot hijab est donc inapproprié ën parlant de textes coraniques.

  6. Vous questionnez madame Lamrabet sur une chose qui la regarde et qu’elle n’a pas à justifier ! Ses livres sont une lecture féministe apaisée de l’islam et votre intrusion dans ses affaires privées relève d’un féminisme archaïque à la mode française !

    • Madame, quand on tient un discours et que l’on pratique autre chose, il y a de quoi se poser la question! Si vous parcourez tous les commentaires (sur Facebook et ici) vous constaterez que le port de son voile interpelle beaucoup de personnes qui la respecte et l’admire cependant (dont moi!) Ma question n’est pas d’ordre personnel, ni intime. C’est une question à l’auteure-conférencière spécialiste du voile et de l’égalité hommes/femmmes en Islam. Si elle prône l’égalité, pourquoi le voile? Si elle affirme que le voile n’est pas obligatoire du tout du tut, pourquoi le porte-t-elle. Simple question de bon sens. Je ne parle pas de ses “affaires privées” , sinon pourquoi elle parlerait du foulard à travers le monde ? C’est une question légitime à mon sens. Féminisme archaïque? À LA MODE FRANÇAISE? En même temps archaïque et à la mode française? Faudrait choisir!! Justement avec mon esprit Cartésien je me méfie du double langage, à la “Tareq Ramadan ” qui dit des paroles “modernes” mais vit autrement. je voulais savoir. Légitime. Cela dit, je vous informe qu’elle m’a répondu en inbox. Elle m’a dit “qu’elle ne me ferait pas l’affront de me répondre” (mais c’est à tous ses lecteurs qu’elle fait l’affront de ne pas répondre!) que j’ai fait violence à son intimité” (mais , elle ne parle que du voile en long en large et surtout en travers, on dirait!) que je fais de l’inquisition des consciences (mais qu’est ce que cela veut dire?) ” Tout débat est sain. Les “Lettres ouvertes” ont toujours étaient écrites pour poser une question politique ou d’éthique. C’est normal.. mais elle, m’a bloqué !!!! Je ne peux même pas lui répondre , et elle ne veut pas lire les commentaires, puisqu’elle m’a bloquée! Pour une chercheuse, je suis déçue. Cela dit, je respecte encore son choix mais c’est dommage, dans “votre féminisme qui peut-être n’est ni archaïque, ni à la mode française, les femmes n’aiment pas débattre ouvertement. Dans votre “lecture apaisante” de l’Islam des femmes, il ne faut surtout pas débattre…car on arrive aux contradictions…Désolée, il fallait que je le dise et que je pose la question! Cordialement, Salwa Tazi

  7. Benseddiq says:

    Permettez moi de m’imisser dans ce débat nécessaire saint et bienfaiteur . Je suis un peu mal à l’aise devant cet esprit brillant et ô combien opportun de Madame M’rabat que je respecte profondément .
    Je suis viscéralement contre le port de ce bout de tissu qui a generé tant de confusion et d’incompréhensions et qui a fait déferlé sur l’islam tant de critiques et de haine .
    J’adhère aux explications données par madame M’rabat sur le port du voile et ne comprends pas pourquoi elle le porte même de façon très élégante . Est ce pour ne pas s’exposer aux critiques des barbus qui ne cherchent qu’a la démolir ? Est ce pour convaincre celles qui le portent et éviter de les heurter ? Est ce pour jeter un certain respect sur ses propos en adoptant une image de femme musulmane conforme aux us et coutumes du bled ?
    Quelle que soit la raison de ce port que je combas idéologique ment politiquement et religieusement , je ne le comprends pas sur votre tête madame Lamrabet . J’ai peur des confusions et des amalgames et souhaiterais tirer une conclusion cartésienne à votre attitude : si c’est halal pourquoi vous le portez si c’est Haram pourquoi vous en faites autant .
    J’admets que cela relève de l’espace privé et des convictions personelles mais hélas vous êtes une personne publique et de ce fait sujette à interrogations : répondez moi je vous en conjure . Ce flou m’indispose et me gêne intellectuellement …
    Me comprenez vous ? Cette critique n’enlevé rien à min admiration pour votre esprit mais j’ai besoin de disciper cette confusion embarrassante … merci madame .

    • Merci pour votre commentaire. C’est effectivement la raison pour laquelle j’ai “osé” poser la question à Asma Lamrabet. Nous sommes nombreux à nous poser cette même devinette mais elle refuse d’y répondre!

  8. Bonjour Mme Salwa Tazi! Merci pour ce texte de qualité. Votre lettre est bien appropriée, et votre argumentation qui est construite à partir d’une logique cartésienne menant à la question que vous avez posé à Mme Asma Lamrabet émane d’un esprit qui aime la clarté et ne supporte pas les contractions. Je suis d’accord avec vous qu’elle aurait pu s’expliquer, ou rester ouverte à la discussion, même si elle n’y participe pas. Je ne pense pas qu’elle avait raison de vous bloquer, vu que votre lettre est respectueuse et qu’elle fait partie de la finalité de son écriture et des engagements, à savoir l’émancipation de ses lectrices de culture musulmane et la stimulation de la liberté de parole. Est ce que vous lui avez fait entrevoir une limite? Dans ce cas, elle aurait mieux fait de continuer le débat sur base du fait que personne ne détient l’ultime vérité, surtout que vous avez choisi de confronter vos idées avec les siennes dans un esprit d’ouverture et de tolérance. Je ne pense pas qu’une chercheuse de son calibre ne se soit pas rendue compte au fond d’elle même de cette problématique! D’autre part, Il est possible qu’elle soit en train de retravailler sa position, et qu’elle n’est pas encore prête à l’expliciter dans les conditions de question/réponse que vous exigez. Cela fait partie de sa liberté. En tout cas, ce ne sont que des conjectures, car je ne pourrais pas parler pour Mme Lamrabet!

    Néanmoins, je voudrais contribuer au débat à partir de ma propre sensibilité de femme musulmane pratiquante qui a aussi des convictions laïques liées à l’espace public (non dans le sens anti-religieux mais de la coexistence et l’acceptation de différentes croyances et du vivre-ensemble.) Mon approche vis-à-vis de ces sujets hypermédiatisés est féministe et spirituelle. Je suis convaincue qu’on est loin de résoudre toutes les contradictions à un niveau individuel, et je ne sais pas si c’est toujours souhaitable. D’ailleurs, l’art prospère en général grace aux contradictions ! Je ne suis pas cartésienne; j’ai plutôt une tendance critique postmoderne, ce qui me pousse à déconstruire le cogito de la pensée cartésienne.

    Pour moi, le foulard/voile n’a pas un sens statique qui pourrait me mener à sa vérité unique, celle de l’enfermement ou de la soumission. Je veux dire par là que ce foulard/voile/hijab n’existe pas en lui même en tant que réalité et/ou vérité existant à l’extérieur de la construction qu’on en fait en tant que signifiant(s). Dans le féminisme d’aujourd’hui, il est temps selon moi de ne jamais oublier la construction disursive qu’on fait de la réalité, dont celle du voile. Cela entraine le paramètre du contexte, qui est cher à Asma Lamrabet. On a compris son message: le contexte historique et culturel à l’origine du foulard que le patriarcat des sociétés musulmanes d’aujourd’hui essait d’ignorer afin de garder le sens purement sacré et politique du voile. Côté laïque, le déni prend la forme d’une volonté républicaine laïciste à imposer au reste du monde une signification essentialiste du voile, qui présuppose une valeur immuable et une ‘vérité nue’. Le langage à l’appui, les deux systèmes poussent la déformation idéologique, politique et/ou religieuse du signifiant ‘foular/voile’ aussi loin que leurs intérêts le demandent.

    Cela ne veut pas dire non plus que vu qu’il n’y a pas d’objectivité à ce propos, je ne peux pas avoir ma propre idée et prendre position! Je pense que dans l’ère digitale et globale, il est important que je puisse partager mon expérience au sein de la situation convictionnelle heterogène de la culture féminine musulmane dans le monde. Mon argument est que ma conscience de ma propre contribution à la construction de certaines thématiques hypermédiatisées telles que le voile a un grand impact sur ma vision des choses. Je n’ai pas d’autre choix que d’y participer par le langage, car mes rapports sociaux et professionneles existent dans et par le langage. Mais quand je mets mon foulard lors de la prière – et c’est possible que ce soit la même chose aussi pour une femme qui le met dans l’espace public – je prends la liberté de ne pas me préoccuper des arguments pour ou contre le foulard.
    J’admets que les femmes qui le mettent à l’extérieur – suite à une état d’éveil plutôt que par simple pression familiale ou sociale – n’ont pas vraiment ce luxe! Elles se sentent interpellées au quotidien, parfois agressées, ce qui sous-entend non seulement une expérience intense mais de la souffrance aussi. La prémisse intime et subjective que j’ai mentionné m’ouvre un espace d’empathie et d’éthos féminin particulier, à ne pas confondre avec mon identité.

    Et si – afin de mieux comprendre – la meilleure articulation de cette dimension était poétique plutôt que polémique?

  9. Désolée juste une petite rectification: “Mon argument est que ma conscience de ma propre contribution à la construction de certaines thématiques hypermédiatisées telles que le voile a un grand impact sur la vision collective ….”

  10. La question est légitime du fait que lorsqu’on plaide pour une parole, une pensée libre, l’on est invité à se comporter en homme/femme libre. La liberté n’est pas un mot, c’est un faire performatif qui, vous le dites bien, se répercute sur autrui et sa conception.
    Mme. Lamrabet plaide le vrai pour installer le faux : ne faites pas ce que je dis, faites ce que je fais.
    Le voile n’est pas obligatoire, il faut quad-même le porter.
    C’est dans le fond une conception erronée du corps que Mme. Lamrabet semble exprimer : le corps de la femme est un péché à cacher, n’est-il pas à l’origine de la Faute?
    Cessons donc, si vous le voulez bien, Chère Mme. Tazi, de nous occuper d’idioties et intéressons nous à l’avenir de notre pays et des générations avenir, à venir.
    Merci

  11. Madame,
    Vous ne semblez pas convaincue, apprécier mon propos, j’en suis navré.
    Le fait est que une femme de votre envergure pourrait illuminer les esprits au lieu d’accorder intérêt à ce qui n’en a pas.
    Merci

  12. Le voile n’a pas d’impact négatif sur l’évolution de la personnalité de la femme ni sur sa partie cérébrale, il est attaché à une culture arabo musulmane qu’ a connu le Maroc. Une raison de plus, parmi les premières bachelières Marocaines sont voilées.
    La liberté individuelle joue un rôle important sur l’évolution d’une société metissée de cultures qui respecte le droit de l’homme.

    • “Qui respecte les droits de la femme”, je dirais, car dans la charte des droits de l’homme… leurs droits sont égaux et là l’homme n’est pas voilé… Les première bachelières étaient voilées? Pas ma mère ! En 1947, elle a retiré son voilé et elle enseignait sans voilé. Lalla Aïcha a prononcé le 11 avril 1947 à Tanger à l’occasion de la fête des écoles des filles. La princesse était aux côtés de son père, le Roi Mohammed V, le visage découvert, tête découverte. Le voile est “attaché” à une culture arabo-musulmane, je vous l’accorde “qu’a connu le Maroc”… avant. L’évolution existe Dieu merci grâce à la connaissance.

  13. Ce qui serait intéressant à étudier, ce n’est pas une hypothétique réponse mais la question elle-même. Nos réponses sont dans nos questions, rarement dans leurs réponses…. Introspection et décentrage.

    • Désolée! Je viens de lire votre message! Tout d’abord, merci pour l’intérêt que vous avez porté à cette lettre ouverte. Je voudrais bien que vous me répondiez sur la réponse en question. cela éclairerait ma lanterne! Merci pour votre contribution. Tout débat est utile.

  14. Francis Grunchard says:

    En faisant une recherche sur elle, je suis tombé sur ceci qui, à mon avis, la classe définitivement : http://www.siawi.org/article15170.html Il s’adresse à Lallab association freriste: “Vous avez choisi comme marraine une “féministe” islamiste frériste, Asma Lamrabet, qui considère que le droit à l’avortement ne constitue pas pour [les musulmanes] une priorité d’autant plus que l’islam offre des latitudes et une grande flexibilité par rapport à cela. Un de ses ouvrages a été préfacé par Tariq Ramadan, l’islamiste frériste francophone le plus célèbre et dont la fibre féministe est plus que cachée.”

Speak Your Mind

*