Ô chômeur!

Ô rage, ô désespoir, ô chômage ennemi ! N’ai-je donc tant vécu que pour cette infamie ? Chômeur ? Ô quel  déshonneur !

Demandez  à un gamin le métier qu’il exercera plus tard, il expliquera d’une voix assurée qu’il sera policier, docteur, ingénieur ou encore… comme papa. Une fillette dira avec fierté qu’elle sera maîtresse, infirmière, pilote, PDG, pourquoi pas, ou simplement femme au foyer, fée du logis… mais d’un libre choix.

Inimaginable à leur âge de réaliser qu’ils peuvent ne jamais trouver de travail. Chômeur, moi ? Jamais !

Et les parents élèvent avec orgueil leurs petits. Ils leur rabâchent qu’ils seront un jour prochain leur bâton de vieillesse. Leur assurance-vie. Des fils prodiges, les parents en rêvent tous ! Ils ne cessent de louer leurs qualités. Ils fondent même leur propre réussite sur celle de leurs héritiers. Gâtés en tout, ces « futurs diplômés-cadres » grandissent dans un climat de confiance. Tout semble leur sourire.

Pourtant, la réalité est toute autre.

Après les études, après les sacrifices de toutes sortes et les économies engrangées par les parents, après les demandes d’embauche répétées, le fait est là, ils déchantent. De trop nombreux jeunes gens ne trouvent pas d’emploi. Ce qui paraît au départ un court délai d’attente, devient un provisoire qui dure et rappelle une routine infernale. Un carnet de route désertique et chaotique. Rien, plus rien à l’horizon.

Autant, sinon plus embarrassés que leurs chômeurs d’enfants, les parents désemparés, multiplient les interventions et  épluchent les demandes d’emploi. Peu à peu, par la force des choses, ils baissent les bras, eux aussi. Impuissants. Le futur successeur est alors tacitement déchu de son trône. Il courbe l’échine. Les parents subviennent encore et toujours à ses besoins. Qui prendra la relève ? Dieu seul le sait ! La mère, ah ! La mère ! Il ne lui reste plus que la prière et les yeux pour pleurer. Elle, qui a bâti ses espoirs sur l’enfant béni « mordi alwalidine ».

Quant au principal concerné. Que dire ?

Le rêve qui l’habitait se déforme pour devenir un cauchemar. Ses projets s’écroulent comme un château de sable. Et son ambition qui pointait vers les cimes, louche dangereusement vers les bas-fonds. Le moral, lui, est au point zéro. Notre chômeur, est-il pour autant un … zéro ? Difficile de ne pas le croire !

Surtout lorsque le temps, s’étale du matin au soir pour le narguer. Un temps long comme la mort. Avec des heures grises et creuses et des journées de plus en plus vides. Peu fier, est-il, lui qui courait après les rares moments de détente pour souffler et se projeter dans l’avenir tel un fier conquérant, certain de sa réussite !

Le voilà usé avant l’âge, désabusé de tout. Retraité avant l’heure. Exclu de tout et de tous il n’ose plus s’engager dans la vie conjugale. Du reste, pourquoi faire des enfants ? Pour avoir la douleur de les voir oisifs à vie ? Des citoyens inutiles dans un monde en crise ?

Indigne. C’est le mot. Il est indigne de laisser des adultes, dans la force de l’âge sans gagne-pain. Sans une profession qui leur assure  la sécurité en plus  d’une satisfaction personnelle et sociale.

Que fait l’État, le grand responsable des jeunes du pays? Un État qui se doit de gérer avec plus de perspicacité les études et l’intégration des jeunes au sien de la société. Un État qui se doit d’orienter ses jeunes _avant qu’il ne soit trop tard_ vers des études plus pratiques et mieux adaptées aux exigences actuelles de la communauté.

Une gageure ? Certainement. Il est si terrible de se retrouver sans emploi que tous, autant que nous sommes, devrions nous atteler à soutenir les chômeurs. À leur proposer des solutions pragmatiques.

A sauver enfin, ces frères et ces sœurs qui souffrent de l’exclusion.

De leur côté, les chômeurs doivent comprendre les mutations de la société et accepter une nouvelle donne : aujourd’hui, il n’y a plus de «métier-garanti-à-vie » et puis surtout, il n’y a jamais eu et il n’y a pas de sots métiers. Lorsqu’un diplôme ne convient plus, il faut être prêt à changer son fusil d’épaule et s’atteler à une autre tâche, parfois dans un domaine totalement différent. Il faut parfois faire deux métiers pour joindre les deux bouts. Enfin, il faut savoir rester ouvert aux innovations, qui sait ? L’enjeu se cache dans d’autres alternatives.

Ne jamais perdre espoir, cela va de soi, mais agir en conséquence.

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