L’argent, ce mal nécessaire.

Argent haï, argent honni. Argent chéri, argent béni.

Il nous concerne tous. Nous passons notre vie à le chercher, l’amasser, l’entasser, le gagner, le dilapider, le manipuler, le prêter, le dépenser, en parler, le vendre, le négocier…

Ce mal ô combien nécessaire !

A la fois méprisé et respecté. Nous crions à tout va que ces monnaies sonnantes et trébuchantes nous répugnent. Or, sans argent, point de respect ! C’est nous qui paraissons répugnants sans elles ! Ne sommes-nous pas le reflet de notre compte en banque ?

Mal ô combien présent !

Il s’infiltre partout et pèse lourd sur nos relations. Il nous module malgré tout. Malgré nous. Et n’est-il pas aussi un symbole de réussite affectif et social ? À cause de lui on peut se permettre de dominer, retenir, renvoyer, réprimander, récompenser, mentir, corrompre, mentir, corrompre et rompre.

L’argent ?

Il assure, il rassure. Il a les pleins pouvoirs. Sa mission est immense. Il légifère. Il gère. Il préside. Il décide. Il est là, toujours là. Bien déterminé à faire valoir son impact. Et sûr de sa force diabolique.

L’argent écrit J. Galbraith: « est aussi important pour ceux qui en ont que pour ceux qui n’en ont pas. » L’argent représente pour tout un chacun une contrainte permanente. Riche ou pauvre, nous ressentons sans cesse une avidité insatiable à accroître notre fortune.

Ah ! L’argent !

Un outil à double tranchant.

Par son biais, on espère prouver aux autres qui on est. Puissants ou misérables, qu’importe désormais ? Il détruit et déforme les valeurs morales les plus rigides pour les remplacer peu à peu par le factice et le superflu.

Il s’érige non plus comme moyen mais comme but. Il s’impose non plus comme instrument à notre service mais comme maître incontesté et incontestable. Surtout, il met en péril notre dignité et notre fierté. Nos amours et nos amitiés. Notre libre-arbitre et notre identité. L’argent est générateur d’humiliations, rarement d’humilité.

L’argent. L’argent. L’argent !

Argent-pouvoir. Argent-liberté. Argent-chantage. Argent-don. Argent-fou. Argent-fête. Argent-sécurité. Argent-sale. Argent-tentation. Argent-compensation. Argent-coupable. Argent-louable. Argent-cadeau.

Où est la limite ? Quel argent enrichit-il réellement ? Quel argent étanche-t-il notre soif inextinguible de paix intérieure ? Quel argent emplit-il notre gouffre de solitude et de sollicitude ? En fait, l’abondance des biens est-elle la vraie richesse ?

Et si la place des valeurs sûres se trouve rapetissée à cause de l’argent. Et, s’il nous leurre et nous grignote de part en part. Et même si les autres nous jugent à son incessant flux et reflux, il nous faut savoir avec détermination que notre fortune et notre bonheur sont en nous. Inaltérés. À l’abri.

Bien à l’abri et loin, très loin des vicissitudes de la vie. Et quand bien même on chercherait à nous dépouiller de nos richesses extérieures, celles qui comptent véritablement ne se comptent ni en deniers ni en dirhams, ni en dollars, ni en euros, ni en yens. Notre richesse véritable est ce souffle de vie.

N’en sommes-nous pas encore conscients ?

Salwa Tazi
ÉCRIT AVEC LE CŒUR

20 / 9 / 1994